« La mission que j’ai réalisée avec le CAM à Aceh en Indonésie était très intéressante et troublante à la fois. Cette première mission sur le terrain au sein d’une ONG a été évidemment très enrichissante et elle m’a permis de mettre en pratique mes expériences professionnelles et mes connaissances dans de nombreux domaines.
J’ai fait le constat de points intéressants qui ont en commun une chose : leur immensité.
L’impact des dégâts sur les provinces a été véritablement gigantesque et toutes les personnes avec lesquelles vous parlez ont perdu des amis, des personnes de leur famille, leur maison ou ce qu’ils possédaient. Certains ont tout perdu.
Un an après le tremblement de terre et le Tsunami, l’échelle du désastre est encore incroyable. Il y a encore de vastes espaces côtiers déserts et inhospitaliers et il faudra encore attendre plusieurs années avant que le paysage ne redevienne ce qu’il était.
Le nombre d’ONG et d’autres organisations dans la région était impressionnant. Quasiment toutes les ONG dont j’avais entendu parlé étaient présentes sur le terrain ainsi qu’un grand nombre que je ne connaissais pas.
Les challenges et la complexité du travail dans cette région sont considérables et je pense que les contraintes sociales, politiques, logistiques et financières ont été et restent sous-estimées par la majorité des bailleurs de fonds.

Mes expériences m’ont fait beaucoup réfléchir et voici quelques unes de mes réflexions, chacune d’elle étant reliée à un des points précédents.
J’ai été choqué par l’importante du désastre ; en effet les différentes provinces ont été confrontées à d’immenses pertes. Les gens sont certainement beaucoup plus endurant et vivent de manière beaucoup plus solidaire que dans la société dans laquelle je vis habituellement.
Le tremblement de terre et le Tsunami sont des phénomènes naturels. Au niveau de la planète, ils ne sont pas grand chose : c’est un simple incident dans son cycle naturel. Pour certains animaux et plantes cet épisode aura un impact bénéfique alors que pour d’autre pas du tout. Cela m’a rappelé la fragilité de nos vies et des choses que nous considérons comme allant de soi et avec lesquelles on n’imagine pas ne pas vivre.
Il est rassurant de voir que le monde entier s’est mobilisé. Beaucoup de dons et de personnes ont travaillé dur afin d’aider et de soutenir les communautés qui semblaient en avoir besoin. Cela peut cependant entraîner des conflits d’opinion ou d’intérêts mais cela permet l’accès a beaucoup de ressources. Il y a une véritable différence entre offrir de l’aide et concrètement amener le changement que l’on perçoit comme nécessaire.
On entend toujours parler de l’importance de s’assurer que le pourcentage maximum de l’argent versé doit être directement attribué aux bénéficiaires sur le terrain plutôt qu’aux coûts administratifs. Cependant, je pense que le bénéfice pourrait être optimisé en rendant plus d’argent disponible pour subvenir aux coûts administratifs des programmes. Beaucoup d’ONG sont en situation critique de sous financement et cela induit un tas de problèmes pour la réalisation du programme. Je pense que le meilleur moyen pour rendre l’action profitable est de donner directement à l’organisation en laquelle on a le plus confiance et qui agira librement et investira là où elle en a le plus besoin. »