Son témoignage met en lumière la fonction qu’elle exerce, le travail en équipe, les différents changements depuis sa prise de poste et sa philosophie sur les personnes que nous prenons en charge.
Après avoir fait un voyage en France (séjour d’études en 1999/2000) et après avoir enseigné le français en Roumanie auprès d’élèves peu sensibilisés, j’ai décidé de revenir en France pour reprendre les études. J’ai eu l’opportunité de travailler au CAM en tant qu’interprète auprès de la population Rrom. J’ai saisi cette chance et je ne le regrette pas pour plusieurs raisons :
le paradoxe entre la richesse du centre parisien et les bidonvilles sur lesquels se trouvent les Rroms est indigne et m’émeut à chaque fois que je me rends sur le terrain.
la meilleure connaissance des Rroms et de leur mode de vie que je n’étais pas à même de connaître en Roumanie.
une aide médicale par l’intermédiaire de l’interprétariat pour des populations en très grande précarité me donne un sentiment d’utilité sociale.
l’enrichissement linguistique et médical est tel que je pourrais me reconvertir en tant qu’infirmière dans un hôpital...
au niveau personnel, après des contrats à durée déterminées de trois mois pendant quatre trimestres, j’ai pu obtenir un CDI à 40% et je suis maintenant en contrat à durée indéterminée à 80%.
Certes, le turn-over important des infirmières de la mission Rrom du CAM ne m’a pas facilité la tâche. Cependant cela m’a appris à m’adapter à chaque infirmière et cela a permis aussi de renforcer ma relation de confiance avec les populations Rrom des bidonvilles.
Pour ma part, je suis au CAM parce que la vie sur les terrains me fait vaguement penser à la vie en Roumanie par sa musique (les manele, qui est un style de musique spécifique aux Rroms), par les poules picorant sur le terrain, par la cuisine qu’ils préparent, par leur accueil chaleureux...
Il est vrai que les terrains sur lesquels se trouvent les Rroms roumains sont des minis ghettos mais cela s’explique par un contexte politique défavorable et par un rejet important de la société environnante envers les Rroms et le non respect de leur mode de vie.
Un des points les plus positifs lors de mon expérience au CAM a été le suivi d’une personne atteinte de tuberculose, depuis son dépistage jusqu’à son traitement médical et sa sélection dans un projet MOUS - Maîtrise d’œuvre Urbaine et Sociale, qui va lui permettre de s’insérer dans la société française par l’intermédiaire d’un logement et d’un travail.
Témoignage recueilli par Raphaël.B